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En quête de l'ermite [Ft. Nashoba]

Lenorian
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En quête de l'ermite [Ft. Nashoba] Mar 12 Juin - 2:16

« Un marchandage aux airs d'Odyssée »
C’est à grands pas que Lenorian évolue dans la forêt bordant Oluh. Peu habituée aux sorties champêtres, encore moins lorsqu’elles impliquaient une possible mort soudaine, sortie d’un buisson, et une solitude éprouvante. Mais son objectif était là, quelque part dans ces bois, bien à l’abri sous le couvert des arbres, alors elle se devait de se rappeler ses années de formation et d'entraînement pour les mettre à profit.

Pourquoi tant d’effort, de la part d’une marchande qui ne semble capable que de tâches mentales et que l’on associe à Isokan et à sa boutique ? Pour le commerce, bien sûr. Et pour la jeune femme, les raisons du commerce sont toujours les plus fortes. Quelque jours auparavant, elle avait reçu la visite de l’une de ses habituée, qui portait un collier en bois taillé de la plus exquise des manière. Le détail du travail était si délicat que Lenorian l’avait d’abord associé à celui d’une femme. Alors quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’elle apprit que l’artisan qui avait sculpté la matière n’était autre qu’un homme reclu dans les bois proches d’Oluh. Lorsqu’elle s’informa auprès des habitants d’Isokan et des passants, on l’avertit qu’elle ne pourrait certainement rien tirer de celui que l’on appelait “l’ermite”. Mais la marchande était toujours prête à tout, surtout si elle pouvait apporter une once de nouveauté à ses marchandises. Et puis, elle ne refusait pas un bon défi.

Son but était de trouver le dénommé Nashoba Octoahnacto , pour le convaincre de faire affaire avec elle. Et ce ne serait visiblement pas une partie de plaisir, puisqu’il lui faudrait avant tout le trouver. Mais elle était déterminée, comme à son habitude, même si le nom de l’homme lui semblait familier, et qu’elle ne pouvait pas mettre la main sur l’origine de cette impression.

C’est donc dans cet état d’esprit que Lenorian parti de sa ville avec un bon paquet de coquillages en poche pour rejoindre Oluh. Elle n’aimait pas particulièrement ce village, qui lui rappelait trop de mauvais souvenirs, et la remettait à sa place. Elle aurait pu faire partie de la classe dirigeante d’Ijọba, mais avait dû renoncer à cette ambition, et s’en mordait encore les doigts. Bien sûr, elle n’était pas mal lotie à Isokan, où elle s’en sortait même très bien. Le pire pour elle était de devoir sourire aux gens les plus hypocrites de toute l’île, mais elle s’y efforçait.

Retrouver les bois dans lesquels elle s’était jadis entraînée fut donc un véritablement soulagement pour la jeune femme. Cela lui évitait de rester trop longtemps au sein d’Oluh. Elle s’était préparée en conséquence, et même si un assistant robuste l’avait accompagnée jusqu’au village, elle avait choisi de poursuivre sa quête seule. C’est donc parée d’un équipement de cuir noir et d’une longue dague qu’elle se faufilait entre les arbres dans la direction qu’on lui avait indiquée. Mais les repères étaient maigres, dans l’épaisse forêt, et elle se retrouva au même endroit à plusieurs reprises, désespérant de tourner en rond. Elle vida la presque totalité de sa gourde avant même d’avoir trouvé la cabane de l’homme à tout faire que semblait être l’ermite. Petit à petit, ses réflexes refaisaient surface, mais Lenorian était loin d’être parfaite, et ne faisait plus d’escapades intrépides depuis belle lurette.

Elle fit donc plusieurs pauses, au milieu de son aventure, et lamenta par la même occasion l’état dans lequel s’étaient retrouvés ses beaux tissus de toile, aux endroits que le cuir ne recouvrait pas. Il faut dire que si l’esthétique est sensée passer au second plan, c’est bien elle qui prime dans le cas présent aux yeux de la marchande – et puis cela lui permet de faire de la publicité pour ses tissus – qui s’embarasse de large manches et de quelques perles dorées dans les cheveux, qu’elle a cette fois-ci ramenés en une tresse haute. Ses gestes sont donc maladroits, son assurance habituelle étant remplacée par une inquiétude croissante : où étaient passés ses entraînements passés, ses réflexes ? Cela la désolait de constater qu’elle avait presque tout perdu de ces années de formation, alors qu’elle s’y était appliquée comme une acharnées.

L’inespéré se produisit cependant : la marchande tomba sur la maison du fameux Nashoba. On le disait acariâtre et irritant, mais il avait le mérite de vivre indépendamment de manière plus que décente. Elle faillit d’ailleurs marcher au milieu des cultures de l’ermite, sur lesquelles elle loucha. On ne lui avait donc pas menti : il pouvait aussi bien jardiner que tailler les plus fins objets.

Pour éviter de surprendre l’homme, elle cria à quelque mètres de la maisonnée :

— Il y a quelqu’un ? Je cherche Nashoba Octoahnacto !

Elle s’éclaircit la gorge et attendit patiemment qu’on lui réponde. Une chose était sûre : elle ne partirait pas sans avoir parlé à l’ermite, après tout ce chemin.


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Nashoba Octoahnacto
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Re: En quête de l'ermite [Ft. Nashoba] Sam 16 Juin - 12:23







Ce jour là, Nashoba alla chasser. Ses réserves de nourriture s'amenuisaient, et ramener un petit gibier ne serait pas de trop. En vue d’un nouveau système d’irrigation qu’il désirait essayer sur ses plans, il ne pouvait se permettre de passer trop de temps à traquer une grosse proie. Un lapin, ou un oiseau ferait l’affaire. Il se mit donc en chasse une heure après que le soleil n’ait dépassé l’horizon, son arc à la main.

Il parcourut la forêt trente minutes durant, s’approchant du lac près d’Oluh. Il avait entendu, la veille, le cri caractéristique des oies migratrices dans le ciel. Celles-ci devaient s’être posées près du lac, car les oies bâtissaient toujours leurs nids aux alentours de zones humides. Doucement, surveillant du coin de l’oeil qu’une bête sauvage ne se jetait pas sur lui, il progressa à pas de loup dans cette forêt qu’il connaissait presque par coeur. Enfin, quand il arriva au lac, il tira doucement une flèche de son carquois et l’encocha sur la corde de son arc. Son intuition ne l’avait pas trompé, il y avait bien des oies sur la berge. Satisfait, un sourire s’esquissant sur ses lèvres, il arma son arc. Puis l’instant d’après, la flèche se fichait dans une des oies, ses consoeurs fuyant autour d’elle, paniquées. La pauvre bête qui avait été touchée convulsa quelques instants, avant de rendre son dernier soupir.

Le chasseur s’agenouilla près d’elle et retira la flèche. Puis il fixa un moment les yeux vitreux de l’animal.


« Merci pour ta chair et ta vie. Que les dieux me pardonnent de te les ôter. »


Puis il attacha les pâtes du cadavre avec une corde, et la hissa sur son épaule. Ce rituel qu’il venait d’effectuer prenait place à la mort de chacune de ses proies. C’était une tradition ancrée en lui, héritée de son maître de chasse, et l’unique habitude religieuse qu’il avait prise. Plus que de remercier les dieux, il rendait hommage à l’animal, car il avait certainement plus de respect pour ces créatures luttant pour leurs survie que pour ces divinités que tous vénéraient mais dont il ne voyait nulle trace. Non pas qu’elles n’existaient pas, il se doutait que derrière chaque chose se cachait une entité divine. Mais il refusait d’admettre que sa vie et celles des autres ne tenaient qu’à cela. Il croyait au libre arbitre de toute chose, et au mérite quand il s’agissait de devenir un être meilleur. Abîmé dans ses pensées, mais toujours alerte, il fut surpris de voir que deux des oies qui avaient pris la fuite se tenaient une dizaine de mètre devant lui.


Trente minutes plus tard, deux oiseaux morts sur l’épaule, l’homme arriva enfin à proximité de sa demeure. Nashoba était toujours aux aguets et se préparait constamment à beaucoup de choses : qu’un ours lui tombe dessus, qu’un jaguar le prenne en chasse, qu’un serpent le morde, qu’un fruit lui tombe sur la tête à la rigueur. Mais qu’une voix de femme retentisse du côté de son antre, ça, il ne s’y attendait pas. Mais ce ne fut pas l’unique chose alarmante. A deux pas de lui se trouvaient une série de traces fraîches. Des traces larges, où l’on devinait le passages de grosses griffes.

« Misère... »
soupira l’homme, et il se mit à courir vers sa cabane, tentant de faire le moins de bruit possible.


Sans surprise, il découvrit devant son arbre une femme et, à une dizaine de mètres d’elle, dans son dos, un ours brun. Ceux-ci n’étaient pas rares, aux alentours de sa cabane, et il avait dû poser divers pièges sur le tronc pour empêcher les bêtes d’y monter. Les dames en revanche, étaient une espèce moins courantes dans cette partie de la forêt.

Se saisissant d’une masse qu’il avait à sa ceinture ainsi que d’une gourde faîte de peau, il s’approcha doucement de la femme, parlant d’une voix douce, mais ferme.

«  Ne faîtes plus un geste. Restez calme. Ne le regardez pas dans les yeux.   »


L’ours s’était dressé sur ses pattes arrière, humant l’air et les jaugeant de ses yeux sombres. A en juger par ses oreilles droite et son expression, il ne semblait pas agressif, mais il fallait se montrer prudent. Évitant soigneusement de croiser son regard, Nashoba commença à reculer doucement, passant tranquillement un bras devant la demoiselle pour l’inciter à en faire de même.

Seulement ce que le chasseur redoutait se produisit, l’ours commença à se rapprocher d'eux malgré la distance que le chasseur avait instaurée. Les carcasses qui gisaient sur l’épaule de Nashoba l’intriguaient surement plus qu’il ne craignait ces deux êtres bipèdes devant lui. Alors, sans attendre, le chasseur écarta les bras et poussa un puissant cri, faisant tomber les deux cadavres d’oiseaux. Puis il sortit le capuchon de la gourde à l’aide de ses dents et en expulsa le contenu près du museau de la bête, criant toujours. Celui-ci secoua la tête et fuit sans demander son reste.

Nashoba attendit un moment que l’ours disparaisse dans la forêt dense avant de se saisir de ses proies au sol et de s’approcher de l’arbre où sa cabane se trouvait. Sans une once d’hésitation, car ayant répété ce geste des déluges durant, il passa sa main dans un trou et y chercha quelque chose. Un déclic retentit, et une échelle de cordages se déroula du haut de sa cabane jusqu’au sol. Ce mécanisme, il l’avait créé il y avait de cela deux déluges afin d'éviter que les animaux ne grimpent. Il avait également dû élaborer d’autres pièges afin que ces derniers ne grimpent ni au tronc, ni ne puissent accéder à la cabane d’un arbre adjacent. Évidemment, certaines choses restaient à améliorer, mais cela lui offrait déjà une protection suffisante pour qu’il puisse dormir sereinement la nuit. Regardant l’échelle qui venait d’être rendue accessible, il passa devant la femme sans lui accorder un regard. Par précaution, il aurait pu diriger sa masse vers elle afin de s’assurer que ses intentions n’étaient pas hostiles. Mais la tenue de la dame, son cri d’appel à son égard quelques minutes plus tôt et son inaptitude à détecter la présence d’un ours lui indiquait avec une certaine certitude qu’elle ne présentait pas un danger pour lui. Il se contenta donc de l’ignorer superbement et d’escalader l’échelle.




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Lenorian
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Re: En quête de l'ermite [Ft. Nashoba] Ven 22 Juin - 13:24

« Un marchandage aux airs d'Odyssée »
Un soupir de soulagement s’échappa de la bouche de Lenorian lorsqu’elle constata qu’elle n’avait pas fait tout ce chemin pour rien : l’ermite si célèbre justement pour sa solitude vivait bien ici, ou alors la forêt d’Alafia était peuplée d’hommes solitaires. Normalement, pas à la connaissance de la marchande, qui allait faire un pas vers le nouvel arrivant, qui s’approchait d’elle, lorsqu’elle croisa son regard. Elle en fut paralysée, interrompant tout mouvement, son impression renforcée par le geste de l’homme vers sa ceinture et la masse qui y était attachée. Elle pesta, comprenant que derrière elle se trouvait certainement un invité indésirable. Blafarde, elle acquiesça d’un très léger signe de la tête aux paroles soufflées par son interlocuteur.

Se retournant lentement, elle constata la présence d’un ours brun, et son visage d’ordinaire si assuré se décomposa de plus belle.  Intérieurement, elle pesta contre elle-même : les signes annonciateurs de la présence d’un prédateur avaient dû lui échapper. La marchande se trouvait ridicule par son imprudence, et priait les deux de la laisser vivre et prospérer encore quelques années, en se mordant la lèvre pour garder les pieds sur terre. Soyons honnêtes, elle était terrorisée, et la présence de l’ermite à côté d’elle ne la rassurait pas plus que ça : il avait l’air d’un vieux crouton, avec ses joues creusées, et elle trouvait plus envisageable d’un point de vue stratégique de le jeter sur l’ours pour se sauver plutôt que de compter sur lui pour la sauver de cette situation délicate.

L’ours se dressa sur ses pattes, et Lenorian baissa le regard vers le sol en attendant la suite. Le silence était pesant, et seulement interrompu par le souffle de l’ours, qui semblait humer la chair fraiche. Mais lorsque le bras de l’homme se leva devant-elle, elle lui fit les gros yeux, n’appréciant pas de se faire guider sa conduite. Néanmoins, imprudente mais pas pour autant inconsciente, elle obtempéra sans un mot, et recula au même rythme que lui. La jeune femme constata alors la présence de gibier sur l’épaule du chasseur et pesta contre lui. Finalement ce n’était peut-être pas uniquement de sa faute s’ils en étaient là.

Mais l’ours semblait décidé à ne pas les laisser tranquilles et s’approcha d’eux. Cette fois, la marchande se mordit les deux joues pour ne pas crier de peur. Hurler, c’est d’ailleurs ce que fit l’ermite, faisant sursauter de surprise la marchande, qui manqua de faire une crise cardiaque. D’un geste sec, il écarta les bras pour se débarrasser des cadavres, et envoya le contenu de sa gourde sur l’ours, sans interrompre son cri. Des oiseaux se joignirent à lui en s’envolant vers un endroit plus calme.

Stupéfaite par la scène, Lenorian haussa un sourcil étonné en regardant l’ours s’éloigner. Il avait fui « ça » ? Non pas qu’elle en soit mécontente, elle avait besoin de l’ermite en vie pour son commerce, mais elle n’aurait jamais imaginé un prédateur de la stature d’un ours détaler devant un vieillard hystérique. La scène avait un côté risible, quelque part. Les deux humains le regardèrent s’enfoncer sous le couvert de la forêt sans un bruit. Après le hurlement de son compagnon, le silence s’était fait.

Encore sous le choc, Lenorian ne bougea pas lorsque l’homme s’éloigna en passant devant elle, et resta un moment-là, à fixer la forêt. Comment était-elle arrivée jusqu’ici en vie et sans avoir croisé le moindre animal ? Elle n’en avait aucune idée, à ce stade, cela tenait du miracle. Elle remercia les dieux et tourna la tête vers l’arbre qui abritait la cabane de son sauveur, après avoir entendu quelque chose tomber. Une échelle en corde était maintenant présente le long du tronc, alors que la jeune femme aurait juré qu’il n’y en avait pas auparavant. S’agissait-il donc d’un système mécanique ? Elle fronça les sourcils. On lui avait assuré que l’ermite était ingénieux, et il était visiblement à la hauteur de sa réputation.

La marchande eut un sourire crispé en constatant cependant qu’il l’avait ignoré. Il avait déjà regagné sa cahute suspendue qu’elle était encore au sol. Peu rassurée par la scène précédente, elle attendit un moment qu’il ne l’invite à le rejoindre. Elle jeta un regard noir vers l’entrée de la cabane, quelques mètres plus haut, et tapa du pied au sol. Lenorian hésitait : soit elle agissait par fierté et attendait là qu’il ne daigne s’intéresser à elle, soit, par la même fierté, elle s’imposait dans sa demeure spartiate. L’un et l’autre cas lui convenait, mais le premier représentait un danger plus grand, et la marchande n’était pas venue ici pour mourir.

Elle poussa un soupir et escalada l’échelle à son tour, avec une rapidité motivée par la peur. On le disait distant, elle était réputée pour sa ténacité, et n’avait pas dit son dernier mot, les raisons du commerce, pour elle, l’emportant toujours sur les réserves qui animent généralement les autres personnes.

Lenorian ne se hissa pas de suite sur le sol de la cabane, et y jeta un coup d’œil discret, en poussant doucement la porte de bois. Si sa villa à Isokan était la démonstration même de sa richesse et de sa réussite, la maison de l’ermite était l’exact opposé : humblement meublée, l’on sentait qu’il ne s’embarrassait pas des détails.

— Bonjour, reprit-elle avant d’entrer véritablement, vous êtes Nashoba ?

Elle le chercha du regard en reprenant son souffle, avant de continuer.

— Je suis Lenorian Olypa, marchande d’Isokan. Elle marqua une pause et afficha un air déterminé, son sourire de commerçante s'étirant sur ses lèvres. Je viens vous proposer un marché.

Restait à voir comment l’ermite réagirait à cela : la jetterait-il du haut de l’arbre, la renverrait-il poliment ou accepterait-il d’un savoir plus sur cette affaire ? Pour une fois, la marchande était incapable de prévoir quoi que ce soit.
ft. Nashoba Octoahnacto


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Nashoba Octoahnacto
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Re: En quête de l'ermite [Ft. Nashoba] Jeu 5 Juil - 15:55





C’était la première fois que quelqu’un s’aventurait jusqu’à sa cabane. Quelqu’un d’autre que ses plus proches amis. D’ordinaire, c’étaient eux qui l’avertissaient quand quelqu’un avait besoin de ses compétences, à Oluh. Ou alors, certains venaient le trouver quand le chasseur venait en ville. Mais personne ne s’était risqué à traverser ainsi la forêt juste pour un service. Cette dame devait donc ou lui vouloir autre chose, ou désirer ardemment qu’il l’aide. Dans le premier cas, cela l’embêtait fortement.Mais qu’une ou l’autre des deux options soit avérée ne changeait rien à ce qu’il pensait de cette femme : Elle avait été complètement inconsciente de s’aventurer ainsi dans cette forêt et avait tout intérêt à avoir une bonne raison de le déranger. Si ce n’était pas le cas, alors elle s’en irait en voyant qu’il l’ignorait complètement. Et sinon, il avait déjà son avis sur la question.

Sans plus se soucier de la dame, il déposa les carcasses sur la seule table de son antre et alla chercher son matériel. L’intérieur de la cabane n’était constituée que de trois meubles : un grossier coffre, une table et un lit, tous trois taillés dans le bois. Le mur en face de l’entrée était en fait le tronc même de l’arbre. Un soupçon de soleil passait par un large trou, dans le mur gauche, ce qui rendait l’intérieur assez sombre. Il ne fut donc pas difficile de détecter l’entrée de la femme, car celle-ci amena avec elle la lumière du soleil qui inonda la pièce. Une tension se propagea dans le dos noueux de Nashoba. Il détestait qu’on pénètre dans son espace personnel sans qu’on n’y soit invité. Il ne répondit donc pas, et se saisit sans la regarder d’un couteau aiguisé. Puis, ignorant les présentations de la dame, ainsi que sa proposition, il se saisit des carcasses et sortit de la cabane.

Cette dernière reposait sur une plateforme assez grande, où étaient étendus des filets de pêche et des peaux tannées. Sur le côté droit de la cabane se trouvait un tabouret ainsi qu'une autre table rougie par d’innombrables flaques de sang. C’est là que le chasseur déposa ses carcasses. A côté de lui, sur le tronc, avait été construite une échelle qui menait à une autre plateforme encadrée par des rambardes, un peu plus haut. S’en s’y arrêter elle continuait encore quelques mètres pour finir sur une nouvelle plateforme, soutenant cette fois une cabane plus petite que la première et cachée par quelques branches épaisses. Construire ce refuge lui avait pris des années. Et il ne comptait pas s’arrêter là.

 Toujours impassible, il s’assit lourdement sur le tabouret, grogna un peu en sentant une douleur se propager dans son dos et commença à déplumer une première carcasse. Il attendit que la marchande le rejoigne, et même plus longtemps encore pour finalement lui répondre :

«   C’est non.  »

Vu comment la dame était richement vêtue, ce devait encore être une marchande fortunée qui venait lui faire un caprice. Il en avait vu d’autres : Des hommes qui lui demandaient de leur tuer des oiseaux beaux et rares pour leur collections de plumes. De jeunes femmes paresseuses et croulant sous les bijoux qui en désiraient un peu plus pour briller d’avantage. Les gens comme ça l’écœuraient. Des individus qui, non satisfaits de leur vie où ils ne devaient plus faire aucun effort, demandaient en plus aux autres de leur donner d’avantage.

«  Je n’aide que deux types de personnes: celles qui en ont vraiment besoin et celles qui le mérite. Vous pouvez rentrer chez vous, Lenorian d’Isokan.  »

C’était hors de question qu’il en fussent autrement. Même pour tout l’argent du monde, Nashoba refusait d’aider les individus à se complaire dans leur fortune. Il n’aiderait pas cette femme car elle était comme les autres : Paresseuse. Sans mérite.

Même si elle était venue d’Isokan juste pour lui.

Même si elle avait traversé une forêt entière pour le trouver...





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Re: En quête de l'ermite [Ft. Nashoba] Mar 24 Juil - 5:41

« Un marchandage aux airs d'Odyssée »
Le fameux Nashoba l’ignorait complètement. Elle qui brillait par son succès et sa réputation, tant à Isokan qu’ailleurs, n’était pas habituée à ce genre de traitement. Ou moins. Les marchands n’avaient jamais été vraiment bien considérés par certaines personnes qui les considéraient comme de vulgaires exploitants se construisant une petite fortune sur le dos des artisans. Lenorian en avait vu d’autres, tant dans sa jeunesse que tout au long de son ascension, cela n’allait pas être un vulgaire ermite qui allait la déstabiliser.

Même si son comportement commençait à l’ulcérer profondément. Mais la marchande pouvait se révéler d’une extrême patience et capable de tous les sacrifices, si ses intérêts avaient une chance, moindre ou non, de se réaliser. Elle regardait donc l’homme s’afférer sans même lui jeter un regard ou lui dire de s’en aller. Debout, ses pieds que la marche avait rendu douloureux ne s’en faisaient que plus ressentir, mais elle tâchait de ne rien montrer, trop fière et trop décidée, préférant souffrir en silence - même si cela relève de la bêtise.

Observant dans un silence religieux le chasseur, elle remarqua que son physique, malgré un âge plutôt avancé, semblait taillé dans un roc. Il avait les traits tirés, ce qui ocontrastait avec son regard. Quelque peu étrange, comme bonhomme. Un sourcil très légèrement arqué, Lenorian se demandait ce qu’elle avait bien pu faire pour être accueillie de la sorte : elle avait tout de même traversé la presque totalité d’Ijọba pour venir lui proposer un marché équitable et lui acheter quelques bibelots, où était le mal ? Au contraire, il faudrait presque qu’il s’incline et la remercie de s’intéresser à ses ouvrages ! Les bras croisés sur sa poitrine, la marchande attendait en pestant intérieurement.

Bougeant enfin, l’homme sortit de sa cabane. Elle, elle ne lui fit pas le plaisir de le suivre comme un docile animal de compagnie et attendit en tapant du pied, histoire de manifester son mécontentement.

Dans un même temps, elle observe les lieux. Elle squattait mais se permettait de scruter le moindre détail dévoilant l’un des pans de la personnalité de cet homme. Un seul mot lui vint à l’esprit : la simplicité, si ce n’est l’ascétisme. A un tel stade de rigueur dans le mode de vie - au-delà de la chasse fructueuse -, Lenorian ne sait pas si elle peut espérer voir son projet arriver à terme.

Au bout d’un moment, elle rejoignit l’ermite, admirant au passage le travail qu’il avait entrepris pour construire une telle cabane. Lui ne semblait pas vraiment enclin à la discussion. Il la fit patienter encore un moment, tandis que son dos commençait à la lancer et qu’elle l’observait en cachant du mieux qu’elle pouvait son irritation. Finalement, du haut de son tabouret de bois, sur lequel il reposait fièrement pour s’adonner à un travail ingrat, il daigna lui répondre par la négative.

La marchande eut un sourire crispé. Mais la suite manqua de la faire hurler d’indignation. Elle n’avait aucun mérite ? Et qui était-il pour en juger ? Elle avait grand mal à contenir la rage qui montait au creux de sa gorge. Elle qui avait tout sacrifié pour parvenir jusque-là, elle ne pouvait décemment pas tolérer qu’on lui parle de cette façon.

Les mains sur les hanches, Lenorian s’autorisa un sourire condescendant. De toute façon il n’avait pas l’air de quelqu’un que l’on pouvait toucher par les flatteries banales.

— Pardon, j’ai oublié que j’avais face à moi la personne la plus méritante qu’il soit : un reclus qui ne gagne sa vie qu’en faisant tout et n’importe quoi. Depuis quand faites-vous une sélection sur ces requêtes ?

Croisant les bras, elle se laissa emporter par son indignation, son tempérament l’empêchant d’accepter d’être insultée de la sorte.

— Je ne vous ai encore rien dit et j’ai traversé Ijọba pour venir vous parler, qui êtes-vous pour me prendre de haut, Nashoba Octoahnacto ?

En vérité, la marchande avait l’habitude de se prendre des remarques de travers ou de se voir manquer de respect, mais cela ne signifiait pas qu’elle pouvait éternellement se complaire derrière un masque de politesse. Surtout lorsque cela touchait à son mérite. Car ce qu’elle possédait aujourd’hui, elle ne le devait qu’à elle-même.
ft. Nashoba Octoahnacto


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Re: En quête de l'ermite [Ft. Nashoba] Lun 13 Aoû - 16:18





Ses mains s’activèrent sur les plumes de sa prise, avec une tension naissante. Il espérait que la marchande parte et le laisse tranquille. Il avait à faire, et la présence de la dame chez lui commençait à l’irriter. Après tout, les ours ne supportaient que rarement qu’on s’aventure dans leur caverne. Seulement, plutôt que de se laisser abattre par ses paroles qu’il avait voulu cinglantes, elle sembla plus remontée que jamais, et répliqua avec aussi peu de tacte que lui.

Il sentit le sang lui monter à la tête, et son sang s’échauffer. C’était très mal venu de sa part, tant car c’était insultant pour lui que parce qu’il trouvait sa remarque profondément idiote et trahissant une parfaite ignorance. Elle ne savait visiblement pas ce qu’il en coûtait de vivre comme un “reclus”. Chercher constamment sa propre nourriture, construire sois-même son logis, le réparer si besoin, tenir les bêtes sauvages éloignées. Il ne dépendait de rien d’autre que lui-même, aussi il estimait avoir tout le mérite du monde. C’était d’ailleurs un point qu’il avait en commun avec la marchande, bien qu’il ne s’en rendrait jamais véritablement compte.

La demoiselle reprit, sa colère semblant monter. Elle souleva un point que Nashoba avait inconsciemment occulté, par fierté sûrement : La distance entre Isokan et ici était conséquente et la marchande, elle, l’avait tenue seule. En cela, il aurait pu admettre qu’elle avait tout de même un mérite certain. Seulement plusieurs points l’empêchèrent de l’admettre. D’abord, elle était entrée dans sa demeure sans y être autorisée, et avait ainsi comme qui dirait bafoué son espace vital. Enfin, elle l’avait insulté. Cela avait beau n’être qu’une réponse à sa propre insolence, il se garda bien de le lui pardonner. Aussi, plutôt que d’accepter qu’il s’était mépris sur elle, il préféra persister dans l’erreur.

Irrité, il s’arrêta enfin de plumer le corps, se redressa vivement et la fixa pour la première fois dans les yeux. Elle avait un jolie visage, ainsi que de beaux cheveux bien coiffés. Loin de lui plaire, cela accentua un peu plus son dégoût pour cette femme ainsi que son statut.

«  J’ai toujours choisi ou non, de rendre service. Et ça a toujours été également un choix de ne pas fournir de marchandise à des marchands opulents tels que vous.   »

Il reprit, s’échauffant un peu, mais la voix toujours calme.

«  Quant à mon mérite, je vous trouve bien mal placée pour en juger. Je vous mets au défi de vivre “recluse” comme vous le dites si bien. Oh, je pense que vous ne devriez pas avoir le moindre mal. J’ai pu constater à quel point vous étiez douée pour vous débrouiller avec les bêtes sauvages  », ajouta-t-il d’un ton acerbe.


Il se pencha de nouveau sur son ouvrage, acheva de retirer les quelques plumes qu’il restait et s’attaqua à la deuxième oie. Du coin de l’oeil, il constata avec effroi que le jour était en train de décliner. La nuit ne tomberait que dans une heure minimum, mais si la dame ne partait pas rapidement, elle n’aurait pas le temps de rejoindre Oluh. Et il avait beau la mépriser et estimer qu’elle ne méritait pas qu’il lui procure un nouveau type de marchandise, si elle se retrouvait coincée dans la forêt, c’était une autre histoire. Il fallait qu’elle s’en aille rapidement, d’abord parce que, plus que tout, il désirait être tranquille, et ensuite parce qu’il ne voulait pas se retrouver pris dans ce cas de conscience. Il décida de jouer la carte de la méchanceté pour la faire définitivement partir.

«  Comme la plupart des gens riches, vous ne savez pas ce qu’est le mérite. Partez.   »






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Re: En quête de l'ermite [Ft. Nashoba] Mar 21 Aoû - 12:19

« Un marchandage aux airs d'Odyssée »
Si Lenorian pouvait se montrer compatissante, sa colère n’avait d’égale que sa patience. Or, la première étant bien malmenée par son interlocuteur, le rouge commençait déjà à monter aux joues de la marchande. Insultée, elle fronçait le nez face aux insinuations du marchand. Oui, elle avait peut-être outrepassé ses droits en montant dans la cabane de l’ermite - qui portait d’ailleurs bien son surnom - mais il ne lui avait pas vraiment laissé le choix. Entre se retrouver perdue pour encore deux bonnes heures dans la forêt à servir d’appât à ours et violer la propriété de ce sauvage, elle n’avait pas hésité un seul instant.

Lui aussi semblait en proie à une certaine rage. Ses propos se faisaient plus tranchants et son teint plus rouge. Si Lenorian ressemblait à une enfant capable de se rouler par terre, Nashoba, lui, faisait peur - enfin, plus qu’à l’accoutumée - avec son regard plein de mépris. Mépris qu’elle avait énormément de mal à comprendre d’ailleurs : qu’avait-elle fait de si mal ? Après tout, elle s’était bâti elle-même sa propre existence et ne le devait à personne. Elle était partie de la boue dans laquelle elle gisait pour s’élever auprès de la reine. Se mordant la lèvre inférieure en fronçant les sourcils, elle ne pouvait s’empêcher de darder un regard équivalent sur l’homme.

Elle n’était pas venue ici pour se faire insulter, encore moins par un homme de sa trempe. Devant souvent faire face aux insultes de clients mécontents ou de personnes connaissant son histoire et elle pouvait y réagir avec le tact nécessaire. Mais qu’un inconnu, ne sachant rien d’elle, se permette de la traiter de cette façon alors qu’elle ne cherchait qu’un moyen d’allier leurs deux savoir-faire, elle ne pouvait l’accepter.

Il la regarda enfin directement et la marchande se contenta de soutenir son regard. Il lui rappelait quelqu’un, mais elle n’aurait su dire qui. En tous cas, son ton tranchait par rapport à son attitude : il maintenait une voix mesurée alors que la colère se lisait sur son visage.

— Les marchands opulents, comme vous nous appelez, ne sont pas que d’avares esclaves des coquillages. Eux aussi ont travaillé longtemps pour monter leur affaire, tout comme vous. Elle croisa ses bras sur sa poitrine. Et c’est un fait que vous semblez choisir d’ignorer. Peut-être parce que vous vivez dans votre propre échec ?

Elle avait parlé un peu malgré elle, mais ne le regrettait qu’à moitié, une petite insulte ne lui ferait certainement pas de mal. Il y a des gens qu’on se doit de remettre à leur place, de toute façon.

Fronçant les sourcils lorsqu’il se moqua de son attitude face à l’ours, Lenorian rougit de plus belle, insultée sur un terrain qu’effectivement elle ne maîtrisait pas. Néanmoins, il lui restait le bluff. Lassée, elle inspira un bon coup avant d’expirer, redevenue calme - du moins, en apparence - et son visage reprenant peu à peu une teinte normale.

— Vous êtes intervenu avant que je n’ai pu faire la moindre chose, vous ne savez absolument rien de mes compétences : j’ai comme tout le monde suivi un entrainement me permettant de survivre dans ces bois. A ces mots, elle se fendit d’un sourire ironique. Mais vous auriez dû prévenir : votre compagnie et si agréable que j’aurais dû vous jeter vers cet ours quand j’en avais l’occasion.

Lissant ses cheveux ébène, elle marqua une pause, sans plus se préoccuper d’avoir ouvertement déclaré regretter de ne pas l’avoir tué.

Passant ses bras dans son dos, elle l’observa arracher les plumes de son petit gibier comme on planterait de multiples couteaux dans un corps. Par Iseda, elle n’aurait rien donné au monde pour se trouver à la place de ces pauvres oiseaux.

Lenorian suivit le regard de Nashoba vers l’horizon et constata elle aussi que le soleil descendait dans le ciel. Elle lâcha un claquement de langue mécontent, n’ayant ni envie de partir, ni de rester plus longtemps que nécessaire chez ce détestable homme.

Levant les yeux au ciel lorsqu’il reprit la parole, elle afficha un air ennuyé sur son visage. Hors de question qu’elle parte sans avoir obtenu ce qu’elle était venue chercher. Et ce n’était pas son genre d’abandonner. S’il fallait qu’elle reste jusqu’à se faire dévorer par un loup au pied de la cabane de l’homme, elle le ferait. Au moins il aurait sa mort sur la conscience.

Elle rétorqua cependant, un sourire condescendant collé sur le visage :

— Je ne sais pas ce qu’est le mérite ? Sachez, monsieur Octoahnacto, que la fortune que vous semblez autant détester, je l’ai gagnée par moi-même. Tout le monde n’est pas obligé de vivre comme vous, vous savez ?

Elle plissa les yeux, son visage se fendant d’un rictus sérieux et dédaigneux.

— Et seuls les dieux peuvent juger du mérite réel : or vous êtes tout en bas de l’échelle à leurs yeux, je le crains.

Malgré son assurance, elle hésitait sur la marche à suivre : le soleil se coucherait rapidement et la colère de l’homme lui assurait une nuit à la belle étoile. Or, elle n’avait pas plus envie que ça de mourir, en vérité - même si c’était une possibilité plus alléchante que de tenir compagnie à l’ermite.
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Re: En quête de l'ermite [Ft. Nashoba] Jeu 30 Aoû - 0:58





.La marchande semblait avoir encore une bonne poignée d’arguments dans son sac. Et le plus irritant pour lui fut que ces arguments se tenaient. D’abord, oui, les marchands n’étaient pas tous riches et attirés par les coquillages comme des papillons par la lumière. Ensuite, leur profession nécessitait autant de travail qu’une autre.
Il était d’accord. Et cela l'enerva encore plus. Après tout, quoi de plus agaçant et humiliant que de rendre compte qu’on a tort.
Ceci-dit, le contraire se serait produit que le résultat aurait été le même, car la dernière pique de la marchande le fit bouillir d’avantage.

Nouvelle salve d’arguments. Il ne la connaissait pas. Il n’était pas quelqu’un de facile est elle ne manqua pas de le lui dire avec un cynisme cinglant à souhait. Son niveau de rage grimpa de nouveau. Par tous les dieux, mais bien sûr qu’il en était conscient ! Bon sang, ce n’était pas pour rien qu’il s’était reclus dans cette foutue forêt !! C’était justement pour éviter les emmerdeurs dans le gens de cette nana qu’il se faisait maintenant appeler “l’ermite”. Pourquoi fallait-il que, même en s’étant isolé ainsi, on vienne quand même le faire chier ?!

Enfin, la demoiselle conclu par une dernière attaque bien visée. Elle avait gagné sa fortune à la seule force de ces bras. Elle n’estimait pas qu’on ai besoin de vivre sans rien pour être méritant, et ajouta finalement que seuls les dieux pouvait en juger.
Vrai, vrai et vrai. L’envahisseuse venait de gagner la bataille.

Le chasseur arrêta soudainement de plumer la carcasse déjà bien dégarnie. Ses mains tremblaient, il voyait rouge. Toute capacité de réflexion l’avait déserté. Maintenant, il n’avait qu’une envie : Faire mal, faire mal, et faire mal. Ses mains tremblaient. S’il n’avait pas eu un minimum de contrôle sur son âme, il aurait exprimer physiquement sa colère. Et effectivement, ça aurait fait mal.

D’un coup, il se releva, la carcasse à la main. Fixant avec rage l’emmerdeuse, il dévoila ses dents tel un animal sauvage.

«  Mon seul echec, c’est de ne pas vous avoir jeté dehors dès que je vous ai vu grimper ici ! gronda-t-il, et le votre, c’est de… de ... »


Il chercha ses mots, semblant complètement perdre contenance, respirant fort. Il reprit avec haine.

«  … De vous convaincre que vivre dans l'opulence vous rendra heureuse !  Quant à votre formation…  »


C’est cette fois la couleur du ciel qui vint interrompre sa phrase. Du coin de l’oeil. il percevait le jour déclinant et cette pensée commençait à prendre le pas sur les autres. C’était trop tard. La discussion avait trop duré. Si elle partait, elle n’arriverait pas avant la nuit.

«  … vous n’avez pas dû être si assidue si vous n'êtes même pas capable de survivre face à un… »


Elle n’en avait pas été capable en plein jour, elle ne le serait pas plus dans la nuit. La renvoyer, c’était l'expédier à une mort certaine. D'autant que ledit ours ne devait pas être bien loin.

«  … … … MERDE !   »


Sur cet unique mot, il balança rageusement la carcasse sur la table pleine de sang. Merde ! Merde ! Merde ! Mais quelle sombre merde !

Vraiment, il était curieux de savoir quel dieu avait inventé la conscience, car c’était un sacré trou du cul !

Bouillonnant de rage, il passa à côté de la squatteuse, la bousculant au passage. Il entra dans sa cabane, ouvrant la porte de bois si fort qu’elle cogna bruyamment contre les parois, rebondi et se referma dans son élan. Des “Satané marchande”, “Espèce d'inconsciente” et autres joyeusetés pouvaient être perçues pour qui tendait l’oreille, accompagnées de bruits de recherches actives. Quelques secondes plus tard, il rouvrit la porte avec la même douceur -il remarquerait d’ailleurs, le lendemain, que cette maltraitance serait l’auteur de sérieux dégâts- avec une peau sous le bras. Toujours en colère, il revint vers la femme et tendit son index osseux vers elle.

« Je vous laisse mon lit pour la nuit, puisque c'est de toute façon trop tard pour rentrer. Mais je vous préviens, ajouta-t-il en reportant son doigt vers les deux carcasses qui gisaient sur la table, si vous n’êtes pas partie à l’aube, je vous réserve le même sort que ces oies !  »


Puis, sans ajouter un mot, il grimpa à l’échelle fixée sur le tronc. Il passa la seconde passerelle, où se trouvait ses plantations, et atteignit la troisième. Il pénétra dans l’abri, se penchant pour ne pas se cogner contre son toit. Il s’assit lourdement, et appuya son pouce et son index sur ses paupières closes, la tête penchée. Alors, un profond soupir s’échappa de sa bouche. La tension de ses épaules se relâcha un peu. Quel merde. Quel merde… Il avait déjà eu de grosses crises de colère nées d’une contrariété. Mais la dernière remontait à des années déjà, quand sa dernière compagne l’avait quitté. Autant dire que ça faisait un moment que quelqu’un ne l’avait pas mis comme ça en rogne.

Il avait besoin de se calmer, aussi saisit-il, sur une pile posée à côté de lui, un morceau de bois. Du tilleul. Puis il le posa sur une table basse face à lui. Enfin, il se saisit de son matériel et commença à sculpter. Ses gestes, d’abord rigides et violents, se firent plus doux et il finit par exécuter avec fluidités ces mouvements qu’il connaissait depuis des décennies.

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Re: En quête de l'ermite [Ft. Nashoba] Dim 9 Sep - 0:00

« Un marchandage aux airs d'Odyssée »
Au fur et à mesure de la conversation, les deux individus, se toisant avec une agressivité palpable voir évidente, enchaînaient leurs arguments sans vouloir lâcher l’affaire. Lenorian était tenace, elle avait fait face à pire que cet homme et lui tiendrait tête jusqu’à obtenir ce qu’elle était venue chercher. Non, elle ne faiblirait pas.

La marchande voyait bien que son interlocuteur n’appréciait pas ce qu’elle lui disait, mais elle n’en avait que faire. Si elle devait lui prouver son mérite - même si au fond d’elle, elle avait toujours estimé que c’était bien là la seule chose qu’on devait lui reconnaître automatiquement - elle lui montrerait son cran et le pousserait à bout. Jusqu’à ce qu’il ploie sous le poids de sa détermination.

A la fin de du petit discours provocateur de la jeune femme, l’ermite interrompu son travail, les mains tremblantes. Un instant, la marchande eut peur pour sa vie et serra ses poings à s’en faire blanchir les phalanges, prête à se défendre en cas de violente crise de colère. Elle avait l’habitude, même si cela remontait à des années, et en gardait d’ailleurs la marque.

Lenorian fronça les sourcils plus fortement en soutenant le regard mauvais de son interlocuteur, qui s’était maintenant relevé. Elle écouta ses propos épars en croisant les bras sur sa poitrine tout en maintenant une position droite et ferme, sans se laisser impressionner par la brute épaisse qui lui faisait face. Il semblait chercher en permanence ses mots, perdant ainsi la rigueur et le cynisme dont il avait preuve plus tôt, aveuglé par la colère. Lenorian afficha un petit sourire en coin et ne manqua pas de rire lorsqu’il l’accusa de croire que l’argent menait au bonheur.

Lorsqu’il finit son monologue douteux sur une injure, Lenorian se fendit d’un large sourire. Elle avait gagné en tous point, l’ayant poussé jusque dans ses moindres retranchements. Il ne lui manquait plus qu’à lui prouver qu’elle avait de la valeur et ce serait partie gagnée.

Fuyant peut-être sa réponse ou allant chercher un couteau pour mieux abattre la marchande, cette dernière ne demeura pas en reste et le suivit. Elle faillit se prendre la porte en pleine figure, après avoir été éclaboussée de bouts de la carcasse, mais bondit sur le côté de justesse. Entrebâillant le bois malmené par l’autre sauvage, elle ne manqua pas de lui rendre sa harangue insultante :

— Effectivement, vous êtes bien naïf, je pourrais mentir sur mon identité, jouer les faible face à l’ours pour mieux vous embobiner et, qui sait, vous assassiner, mais vous m’avez accueillie très facilement, malgré mon intrusion. Je vous croyais à la hauteur de votre réputation, voilà mon échec. Me voilà bien déçue, je n’imagine pas ce qu’il en est de vos compétences !

L’avantage d’être marchande, face à ce genre d’imbécile, était triple : elle avait appris à écouter et retenir les paroles, à y répondre mais aussi à négocier. Ce troisième avantage ne manquerait pas de lui servir très prochainement.

— Je ne prétends pas dire que l’argent et l’opulence rend heureux, cela dépend des personnes. Cependant vous ne me connaissez pas : j’ai un jour tout perdu, connu le manque total et la simplicité absolue de la vie. Je suis plus heureuse et épanouie aujourd’hui, mais cela dépend des personnes. Moi, à la différence de vous, je ne prétends pas convertir les autres à mon mode de vie, je suis « to-lé-ran-teu », articula-t-elle ironiquement, un mot que vous semblez ignorer, tout comme la politesse, asséna-t-elle verbalement avant de conclure : enfin, je vous serai grée de ne pas me sous-estimer, Nashoba Octoahnacto, ce serait un autre échec de votre part.

La marchande souriait à présent, entendant vaguement les divers noms d’oiseaux dont l’affublait l’ermite, visiblement pas socialisé depuis un bout de temps. Elle fut cependant surprise de le voir ressortir en trombe avec une peau. Il ne comptait tout de même pas la laisser dormir dehors ? Plutôt se faire manger par un ours ! Sa surprise s’accentua lorsqu’il lui laissa son lit. Fixant ledit meuble avant de reporter à nouveau son attention sur le sauvage, elle prit un air sérieux.

— Merci, je ne m’attendais pas à cet égard, je retire ce que j’ai dit à propos de votre politesste, reconnu-t-elle. Pas le reste, par contre.

Marquant une pause, la jeune femme appuya ses mains sur ses hanches, sans plus vraiment se préoccuper de l’attention de Nashoba et sans chercher à savoir s’il l’entendait.

— Je ne partirai pas avant d’avoir obtenu ce que je suis venue trouver.

A ces mots, Lenorian rentra dans son abri pour la nuit pour en observer à nouveau, autant que la lumière déclinante le permettait, le mobilier. Soupirant, elle décida qu’elle ne pouvait se résoudre à dormir là et préféra sortir observer le ciel à travers le feuillage.

C’est alors qu’elle entendit le bruit reconnaissable d’une lame contre un morceau de bois. Se concentrant, elle comprit qu’il s’agissait du travail de l’ermite. C’était peut-être un moyen de calmer ses nerfs, d’ailleurs. Décidant d’en avoir le cœur net, elle se dirigea vers l’échelle qui la conduirait à la seconde passerelle. Reconnaissant sans mal le talent certain de l’homme pour la construction, la marchande cherche à tâtons les barres de l’échelle tout comme son courage, n’ayant pas plus envie que ça de se casser quelque chose à cause d’une mauvaise chute et de mourir mangée par une bête sauvage.

Soufflant et transpirant, elle parvint de l’autre côté en essayant de se montrer discrète, avec succès. S’approchant de l’abri, qu’elle distingue à peine, Lenorian entend plus distinctement le frottement d’un outil contre du bois. Souriant, elle s’appuya sur le mur en cherchant un moyen d’observer l’artisan.

Elle resta là un moment, avant de faire irruption dans l’abri en balançant la porte d’un côté comme l’homme l’avait fait plutôt, tout en s'appuyant contre la paroi de bois.

— Voilà ce que je suis venue chercher ! s’exclama-t-elle.

La jeune femme ne prenait pas garde à ce qu’elle venait de faire, seules brillaient dans ses yeux, rivés sur la sculpture de bois, des étoiles, parce qu’en tant que marchande elle savait reconnaître la qualité de ce qu’elle pouvait croiser.



Les dés:
 


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Re: En quête de l'ermite [Ft. Nashoba] Dim 9 Sep - 0:00

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